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Le temps du Pélican

Le Temps Du Pélican

Ce conte est publié dans l’oeuvre de Patrick Fischmann, “L’Homme naturé”. Cette oeuvre est éditée par ChezNous grâce au dispositif d’édition “La Révolution du Sourire”. L’oeuvre sera présentée au public lors de la résidence “Pourquoi pas?”, carte blanche à l’avenir des pixels qui aura lieu du 14 au 25 septembre à Caen.

Un article de présentation du conte a été publié le 16 septembre.

Au vieil âge de la terre l’Arbre de Vie contenait tout l’horizon : après un déluge de graines et là où elles avaient touché le sol, des arbres poussaient. Ainsi était née la forêt. Les feuilles du grand arbre se mirent bientôt à voleter, à tomber vers la terre et le fleuve. Quand elles touchaient le sol, l’eau ou le ciel, une bête émergeait de ses songes.

C’est ainsi que vinrent les pumas, les bélougas et les condors. Ainsi que naquirent les êtres humains, ces fruits nés des trois mondes, dans un pays riche de chants.

Depuis toujours la forêt a capté les pensées du soleil, les troncs sages et forts récoltant la lumière. La forêt est bonne, vaste et paisible. Seuls les insensés qui la pillent, qui la rasent et la brûlent sont à redouter. Pourtant, jadis, tous savaient combien elle était précieuse.

Je vous conte cette histoire depuis l’endroit et le moment que vous appelez le futur. Sachez que l’Arbre de Vie a bien failli brûler mais bienheureusement les créatures se sont réveillées à temps ! Et comme vous êtes encore dans l’incendie, puisez-y la force et l’espoir nécessaires à cet accomplissement.

« Quand nous étions tous ensemble dans l’arbre, nous n’étions pas séparés. Nous ne savions pas que nous allions abandonner sa sérénité et pour tout dire nous désunir et nous embrouiller. Nous ignorions qu’un jour nous penserions la terre inerte et ne sentirions plus l’âme du monde. C’est pourtant ce qui arriva au fil des jours quand les fruits de l’arbre ne suffirent plus aux humains devenus voraces.

Ils colonisaient, épuisaient ses ressources.

Ils raclèrent l’écorce vive, s’emparèrent des branches et des racines, puis mirent le feu à l’écorce filandreuse qui d’un coup s’enflamma. Bientôt ce fut la fournaise, l’Arbre-Monde brulait tel une torche. Les oiseaux exposés volaient dans tous les sens. Ceux qui ne ressentaient pas encore suffisamment la morsure vaquaient à l’écart. C’est à ce moment qu’on vit, traversant les flammes et les nuées noires, le colibri apparaître et verser toute l’eau qu’il avait pu mettre dans son bec. Puis il repartit vaillamment jusqu’à la rivière. Le manège dura un temps.

Ce va et vient étonna certains, tant il semblait dérisoire.

Aux moqueurs il répondit « je fais de mon mieux, je fais ma part ». Mais l’oiseau-mouche ne faisait pas simplement de « son mieux » ni seulement « sa part ». En agissant ainsi, il volait de cœur en cœur et convoquait le grand torrent des becs. Le seul à pouvoir éteindre la fournaise.

Pélican reçut le message et s’élança vers la rivière. Quand il revint volant lourdement, il vida le contenu de sa poche sur les flammes. Une épaisse fumée noire s’éleva dans les airs. Un, deux, cent pélicans le suivirent. Il suffisait qu’un merle, un ara ou un pinson se décide, pour qu’un pélican de plus les rejoigne. Une escadrille blanche dont chaque pompier était un jumeau né au cœur d’un oiseau. Ainsi les pélicans sortaient d’on ne sait où, ils s’élevaient du monde intérieur et ne comptaient pas les gouttes. Tout froissement d’aile et tout envol était contagieux et certaines poches ruisselèrent une eau qu’on ne connaissait pas.

Bien sûr certains ne décollèrent qu’à la toute fin de l’incendie, toutefois on ne vit jamais battre autant d’ailes ni se dédoubler autant de cœurs. Ni tant d’eau inconnue apparaître.

Des oiseaux admirables se brûlèrent les ailes mais tant de flots versés ensemble éteignirent l’incendie.

Ainsi le vieil âge de la terre fut recousu, réveillé par ceux dont les becs piochaient, en eux et dans le futur de la grande tribu des vivants, l’eau ruisselante de la vie. »

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