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A propos de “Colibris et Pélicans”

A Propos De “Colibris Et Pélicans”

Ce conte est publié dans l’oeuvre de Patrick Fischmann, “L’Homme naturé”. Cette oeuvre est éditée par ChezNous grâce au dispositif d’édition “La Révolution du Sourire”. L’oeuvre sera présentée au public lors de la résidence “Pourquoi pas?”, carte blanche à l’avenir des pixels qui aura lieu du 14 au 25 septembre à Caen.

Vous pouvez retrouver en avant première le conte dans son intégralité.

À propos de « Colibris et Pélicans »

 « Le conte du colibri », l’oiseau qui fait sa part, si cher à Pierre Rabhi, gagnerait à se décoiffer. D’abord parce qu’il a « rétréci » en une simple parabole, certes éloquente mais agissant comme une tautologie indiscutable et évidente. C’est effectivement une fable sobre et apparemment radicale. Sa vertu n’est pas cueillie par l’auditeur mais décochée vers lui comme la vérité : le salut viendra de chaque goutte pour éteindre l’incendie qui ravage la nature. Ainsi, à force d’être martelée, la fable n’éclabousse plus assez, elle a perdu sa part sauvage, elle réclame aujourd’hui une plus grande vitalité, une plus grande ouverture aux possibles qui ont à jouer et créer avec la complexité du monde. Le colibri ne doit pas devenir un anti-héros mais le passeur qui fait jaillir le pélican.

COLIBRIS ET PELICANS

La part du colibri chère à Pierre Rabhi est inspirée d’un conte. Beaucoup y auront perçu un message profond qui trace un horizon fait d’humilité et de responsabilité individuelles et collectives. L’urgence, clamée par la métaphore de l’incendie, passe commande à la conscience, de chacun de nous et de tous. Le colibri n’éteint pas le feu (l’embrasement des écosystèmes) à lui tout seul, mais il fait sa part. Et cette utopie épicurienne sensée être à la fois sobre et puissante (puisqu’elle côtoie les notions de sobriété heureuse et d’insurrection des consciences) est la toile de fond d’un appel avisé à la métamorphose des êtres et du jeu collectif. Il y a une corrélation entre cette pondération, la frugalité des moyens et la vague universelle salvatrice. Une armée pacifique de gouttes aptes, toutes ensemble, à asphyxier l’immense feu. En arrière-plan, nous avons immanquablement une trame non-violente et une perception méditative du monde qui privilégie une transformation radicale faite de mesure et de détermination, de modestie, de sagesse… et d’illusion. Car ce désir d’unité organique et psychique d’une paisible insurrection se heurte aux engagements disharmonieux du tissu social et aux murs de flammes auxquels il doit faire face. La conscience ne se déploie pas de façon égale et c’est souvent le ruissellement de quelques-uns en certains lieux qui hisse le niveau d’écoute et de solidarité qui amène un changement décisif. La métaphore du colibri n’éclabousse pas assez, elle a besoin d’appeler des divisions de pélicans à la rescousse. Colibri et pélican. L’un ne saurait agir sans l’autre tant la situation est urgente et les êtres différents. L’humilité y perdrait ses bottes de sept lieux si elle ne se réjouissait aussi de voir de grands oiseaux aux poches pleines d’eau déverser leur contribution torrentielle au côté du goutte à goutte du merveilleux. Les zadistes et d’autres grands volatiles servent eux aussi et avec cœur la sobriété heureuse et l’insurrection des consciences, mais ils répondent également avec leur propre métabolisme, leur radicalité et leur courage à l’appel tous azimuts de la conscience collective. Il y a donc un faisceau d’acteurs décisifs jouant chacun leur rôle, honorant dans leurs manières de danser, le Grand Changement. Peut-être même les affreux qui polluent et détériorent notre terre jouent-ils eux aussi un rôle dans l’évolution de la conscience humaine. Pour ce qui est de la résistance, méfions-nous des systèmes qui ne tiennent pas compte de la complexité du monde ou qui la sous-estiment. Veillons à n’adorer ni les tiédeurs inconscientes ni à haïr, noircir ou normaliser les postures plus impulsives. Les allégories elles aussi doivent évoluer comme les ruisseaux et les torrents doivent se rejoindre.

Avant d’en revenir à la parabole rappelons que le colibri est un super-pollinisateur naturellement prédisposé à accroitre tant qu’il peut le nombre de grains de pollen qu’il peut saisir dans son bec. Bref, tout comme le spectre magnifique de couleurs dont il se pare, l’oiseau-mouche qui est un grand voyageur, ne brille pas seulement par les allées et venues qu’il est capable d’effectuer mais aussi dans son aspiration à transporter le plus qu’il peut. Rappelons aussi que le colibri, et notamment chez les indiens Shuars, est censé avoir apporté le feu aux hommes. Ainsi celui qui peut éteindre l’incendie connaîtrait le secret du feu. Nous y reviendrons.

Reprenons la légende ramenée à sa plus simple expression. Elle a en effet fini par rétrécir en une parabole de quelques phrases assez éloquentes pour définir un crédo contre la faiblesse des petits et soutenir une sagesse universelle transformationnelle.

Un jour toute la forêt s’embrasa. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, portait des gouttes d’eau avec son bec pour les jeter au feu. Le tatou le regardait, agacé par l’agitation dérisoire. Il lui dit : Colibri tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces pauvres gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : Je le sais, mais je fais ma part.

Il semble qu’à l’origine, selon les sources amérindiennes et africaines de ce conte, ce n’est pas la forêt qui s’est embrasée mais l’Arbre de Vie. Celui que les san du Kalahari appelaient Heigib, l’Arbre-Monde qui brûla comme une torche. Ce conte dit que les oiseaux fidèles protégèrent ce qui n’avait pas brûlé et qui devait être emporté pour l’éternité : l’histoire de l’Arbre-Monde, de ses créatures qui savaient vivre en paix et se guérir elles-mêmes avant d’oublier qui elles étaient. Voilà une légende parente de celle du colibri, transmise afin que les incendiaires qui rongent la terre puissent retrouver l’harmonie de l’Arbre de Vie. Ici, seul son cœur échappe à la fournaise et c’est de ce foyer que renait la vie. Chez les bakas (les pygmées), Komba, celui qui a créé le monde fait pousser un arbre en rêve jusqu’à ce qu’il devienne géant. Hommes, abeilles (celles qui portent le pollen) prient en silence avec lui. Quand il recouvre l’horizon Komba le frappe avec la paume de sa main. Un déluge de graines se déverse sur les plateaux et là où elles touchent le sol un arbre pousse. Ainsi nait la forêt, toutes les créatures. Les feuilles se mettent à voleter, à tomber vers la terre ou le fleuve. Quand elles touchent le sol, l’eau du torrent ou le ciel, une bête émerge de ses songes.

Au commencement, content les Mayas, était Che, l’Arbre Sacré que les anciens nommaient Te. Puis vint l’animal, Baalche dont le nom désignait aussi l’homme, la chose de l’arbre.

Comment la chose réagit-elle quand l’Arbre Sacré est embrasé ?

Dans la version amazonienne du conte du colibri, il y avait un arbre plus grand et plus beau que tous les autres, un arbre dont les branches parlaient et invitaient tous les oiseaux à vivre dans ses ramures. L’harmonie se brise quand un immense feu éclate. Les oiseaux s’envolent impuissants et à travers l’épaisse fumée ils distinguent le petit colibri qui au lieu de sucer comme à son habitude le nectar des fleurs aspire des gouttes d’une rivière, qu’il verse au beau milieu des flammes. Tiens-toi plus haut et viens parmi nous sinon tu vas brûler, disent les autresJe fais ma part, faîtes la vôtre répond l’oiseau de feu.

On peut se demander pourquoi les versions écologistes les plus récentes ajoutent que chacun s’envola et fit de même, chacun sa part, goutte après goutte. Le colibri suggère à chacun de faire sa part et non d’emporter la même petite quantité d’eau que lui. C’est un conte, tout est symbolique : celui qui se tient dans le feu puise à sa propre rivière, sa propre nature répond à l’appel selon son bec. Une fois de plus le message essentiel de faire sa part s’associe dans son énoncé contemporain à une conscience plutôt frugale et égalitaire. Croyez-vous que le toucan, le calao et le pélican vont se retenir de jouer les canadères à l’appel du colibri ? Comment se fait-il qu’on n’attrape qu’une seule partie de l’allégorie ? Aurions-nous peur de porter, comme cet oiseau-mouche, le plus que nous pouvons ? Aurions-nous peur d’aller verser notre pleine part au cœur de la fournaise quitte à nous brûler ?

Un élément déjà cité attire notre attention. Comment se fait-il que le colibri réputé dans les symboliques amérindiennes tel celui qui a apporté le feu ou la chaleur du soleil aux hommes, puisse être le sage qui sait comment éteindre l’incendie qu’ils ont allumé ? Cela tient-il au fait qu’il est capable de transporter le pollen des fleurs et de les féconder ? Pour rappeler la fonction même qui fait de chacun un porteur de vie. Le colibri est bien celui qui va de fleur en fleur et aussi de cœur en cœur, pour les réveiller. C’est à son contact que s’élance en nous le pélican, qui symbolise la nature humaine, la résurrection et la fin de la nuit, l’oiseau aquatique connu pour la profondeur de sa poche et pour son grand dévouement envers ses petits.

Avant de laisser la parole au conte, nous ajouterons que l’arbre est le symbole de notre fragilité et de notre puissance. Verser sur lui notre eau n’est pas seulement vouloir éteindre l’incendie qui menace la forêt et ses habitants. Son embrasement est notre embrasement. Que notre fournaise déclenche en nous cascades, fontaines et sources, et que notre part soit aussi torrentielle que possible !

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